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Mon AFRIQUE

CÔTE D'IVOIRE / TEHUI, HAUT PARLEUR DE SA GÉNÉRATION

by Alain mouaka


Posté le August 31, 2020 16:46 | Vues 521


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« TEHUI » est un artiste Hip Hop Ivoirien qui n’hésite pas à mêler son Hip Hop à différents genres qui l’inspirent comme le Jazz, la Soul, le Reggae et les rythmes afro. Installé à Montpellier dans le cadre de ses études universitaires, il croise en 2000 le chemin du compositeur Mathieu Garillon alias Kim Fu Metal Ninja, véritable génie qui propose des mix de hip hop, de soul music, d'electro et de jazz. Ils collaborent sur un EP. Rentré en Côte d’Ivoire en 2007, c’est finalement en 2014 que Tehui reprend véritablement le micro et les compositions. Pensées Noires magazine est allé à la rencontre d’un artiste dont l’esprit voyage sans cesse, en quête de connexion et d’échange avec des amateurs de musique. Il aime à dire qu’il chante pour les « âmes ».

 

 

Pensées Noires : Tehui akwaba entre les lignes de Pensées Noires magazine

Tehui : Bonjour Alain. Bonjour à Pensées noires magazine et à tous ses lecteurs.

 

Pensées Noires : Ivoirien et fier de l’être c’est à Montpellier en France, dans le cadre de vos études universitaires, que vous faites la rencontre du compositeur Mathieu Garillon alias Kim Fu Metal Ninja, de cette rencontre va naître un ep, racontez-nous ?

Tehui : Après l’obtention de mon Bac à Abidjan, j’ai rejoint ma grande sœur installée à Montpellier. Dans cette ville, je côtoie une amie ayant elle même fait le lycée à Abidjan et c’est elle qui me présente son frère et colocataire Mathieu alias « Kim ». Je deviens donc un habitué de cet appartement qui se transforme très rapidement en home studio de part le travail et la passion incroyable de Kim. Ce sont certainement les mois et années ou j’ai écouté le plus de musique de ma vie. Avec Kim on est allé à la découverte de toutes sortes de musique et de vibrations, on a assisté à un maximum de concerts Live dans la ville, le tout en prenant beaucoup de plaisir à expérimenter des compositions personnelles. C’est de ces innombrables freestyles et autres drafts qu’on a finit par enregistrer un Ep gratuit de 3 titres avec notre ami Alain Thomas. Ainsi était né mon 1er groupe. Le « Busta Moove Crew ». Au delà de ces 3 titres gratuits, nous avons enregistré de nombreuses autres chansons que nous n’avons jamais publiées car nous étions définitivement dans l’expérimentation.

 

Pensées Noires : Vous regagnez Abidjan en 2OO7 et c’est seulement en 2014 que vous reprenez le micro et les compositions, que c’est-il passé durant ces 7ans d’intervalle ?

Tehui : Pendant cette longue pause, j’ai travaillé dans le secteur des assurances. La majorité de mes amis dans la musique étant basés en occident, la pause s’est plus ou moins imposée à moi et je me disais que la musique n’était peut être qu’une superbe parenthèse de ma vie d’étudiant. J’étais donc redevenu ce fan et consommateur de musique mais je continuais les exercices de style en solo attendant inconsciemment que les étoiles s’alignent de nouveau.

 

Pensées Noires : Ce temps d’observation va servir à la réalisation d’un premier album baptisé « L’itinéraire d’un gars (A)normal » ce qui fera de vous le Prix Meilleur artiste Urban Reggae en 2018, quel était l’univers de cet album?

L’album « Itinéraire d’un gars (a)Normal» est le total prolongement de ma « vie musicale » en France. En effet, l’idée de reprendre le micro est apparue dès lors que j’ai repris le contact avec Kim installé entre Paris et le Japon et qui m’a envoyé toute une série d’instrumentales qui ont formé le squelette du futur album. Je retrouvais donc cet univers de Rap très influencé par le Jazz et la Soul Music. J’ y ai ajouté mes influences personnelles notamment le reggae que je côtoyais énormément à Abidjan depuis mon retour et accompagné de quelques jeunes compositeurs ivoiriens (NunShack ; Assohoun Deetah ; Pil’s) on a approfondi l’univers dessiné par Kim en construisant une véritable identité qui est restée définitivement Rap Jazz Soul Reggae avec une très grosse part donnée au lyricisme et au storytelling sur cet album. C’est un album qui reflète une vie d’amour de la musique et d’expérimentations et qui raconte le parcours de ce gars (a)normal. Je m’y raconte de la naissance à la vie d’adulte, aventures et mésaventures ; et je raconte les autres, avec une sincérité et une profondeur jamais censurées. C’est un album que j’ai conçu pour les âmes avant de penser oreilles. Mes choix de musique étaient ainsi guidés par cette vision.

 

Pensées Noires : Dès lors vous faites feu de tous bois,  à votre actif un autre opus toujours en 2018, le premier album live Hip Hop de Côte d’Ivoire de 11 titres qui puise sa source d’un concert au mythique Bao Café D’Abidjan, comment s’est conçu ledit projet?

Le Bao Café est un établissement qui est devenu une légende dans l’underground ivoirien. En effet, chaque weekend s’y installait la soirée Hip Hop Soul de référence à Abidjan que j’ai eut la chance de coréaliser avec une équipe formidable. Le live, les open mics ; les improvisations étaient notre devise. Le Bao Café était donc rapidement devenu l’espace de validation des talents confirmés ou émergents dans les musiques Hip Hop et même d’autres genres à Abidjan. C’était ma «  maison » et après l’ensemble des dates que nous avions pu faire un peu partout avec l’album Igan, nous devions revenir à la maison dire merci à notre base. Ce Concert a dépassé toutes nos attentes et c’est à la demande de mon public qui réclamait un album Live que nous avons décidé de sortir cet album en offrant donc le concert complet. Plutôt que d’aller en studio enregistré Live dans le confort, nous avons décidé d’offrir au public ce qu’il réclamait c’est-à-dire l’univers de TEHUI dans la chaleur des concerts.

 

Pensées Noires : Vous aimez à dire que vous chantez pour les âmes, éclairez nos lanternes

Tehui : Pour moi chanter c’est créer une connexion, un échange avec les personnes à l’écoute et ce quelque ce soit leur origine, échelle sociale, profession, sexe, goût musical préférentiel. Chanter c’est également le fruit  de la connexion la plus importante ; c’est à dire du ciel à l’artiste. L’inspiration ne se commande pas à mon humble avis. Dès lors quand je reçois, je transmets. Et c’ est pourquoi je parle de langages entre âmes. Je ne conçois pas ma musique sans jouer avec les mots afin de faire rire, pleurer, penser et même danser. Les émotions sont tout.  J’aime les mots et leur pouvoir. J’aime la poésie. Les mots ont un pouvoir quasi mystique ; et ces mots ; ces mélodies et chants m’orientent vers des musiques qui créent la liaison.

 

Pensées Noires : Tehui vous êtes un artiste dont l’univers est à l’opposé de l’identité musicale Ivoirienne, cela fait-il de vous un artiste considéré pour une case particulière ou vous adaptez au mieux?

La sortie de mon premier album et mes premiers concerts ont créé directement cette case associée à mon nom. Celle du Rappeur Live. En effet avant même la sortie du premier album, je me présentais avec un orchestre Jazz complet et un Dj Platines. Une combinaison rarement vue à Abidjan. J’étais le rappeur « spécialiste du Live » avec un RAP Jazz Soul Music. On m’appelait le « Oxmo Puccino » d’Abidjan ou encore le petit « Shuriken » à cause de mes chansons Rap au style « Boom Bap »,  et cela m’amusait et me flattait car il s’agit de références. Mais très rapidement ma présence sur la scène Reggae et dancehall, dans les pas de la légende Kajeem et dans le même temps, l’organisation des soirées Rap live à improvisation m’ont permis de démontrer que j’étais un peu plus que le rappeur à l’orchestre Jazz. J’étais devenu le rappeur qui s’adapte à n’ importe quelle vibe et cela je le dois vraiment à ces soirées live au Bao café. Une véritable école de la scène. J’en ai fait une chanson devenu concept « Vibin ‘ ».

 

Pensées Noires : Votre actualité s’enrichit d’un nouveau single, « je rentre ou pas », un vrai dilemme on peut se l’avouer, qu’est-ce-qui a motivé la réalisation de ce morceau ?

Cette chanson est née de mes méditations sur les retours d’expérience des candidats à l’exil fuyant leur pays pour diverses raisons (pour aller/rentrer ou ?) face à d’autres retours d’expérience et/ou drames moins médiatiques et d’avantage psychologiques vécus par des personnes rêvant de faire le chemin inverse ou l’ayant déjà fait. Conscient du côté triste et mélancolique de ces histoires, j ai eut envie de regarder les aspects positifs de ces traversées ; de ces appartenances à différentes terres qui font notre parcours de vie. Mais toujours avec une volonté de rester dans la réalité ; et les doutes sont une réalité pour chaque humain. Quand j’ai discuté avec Bobby et qu’il m’a raconté son histoire, lui d’origine Afro américaine, métisse, installé en Europe avec le cœur en Afrique tout est devenu évident. Je réalisais que les questions que je pouvais me poser étaient partagées par des millions de personne de part et d’autre de l’atlantique et Bobby et moi avons écrit avec beaucoup d’enthousiasme sur ce thème.

 

Pensées Noires : « je rentre ou pas », jouit de la collaboration de Bobby Surround, fils aîné du brillant batteur et chanteur afro-américain Vic Pitts, leader du groupe «Vic Pitts and The Cheaters», et batteur de la légende Miriam Makeba (qui lui a valu d’être reçu en Côte

d’Ivoire par le président Félix Houphouët Boigny), racontez nous cette belle amitié entre vous deux

Tehui : Un de mes meilleurs amis et cofondateurs du label NOLIES a fait le lycée avec Bobby dans une petite ville à la frontière Franco Suisse. Vivant à Abidjan il me parlait régulièrement de son ami Bobby qui évoluait dans la musique entre la France et la Suisse. Et il en faisait de même en parlant régulièrement à Bobby d’un certain « Tehui » avec qui il avait beaucoup de points communs. J’ai été de suite séduit par l’univers musical de Bobby  et après quelques années pendant lesquelles on se suivait et s’appréciait musicalement nous avons commencé à échanger début 2020  et tout de suite le feeling est passé et vous connaissez la suite. J’en profite pour remercier cet ami « commun » ; monsieur Karamoko Mapheba un pilier.

 

Pensées Noires : Cette chanson a une histoire, composée par Dj Khalif beatmaker et Dj HipHop, les scratchs sont signés de Dj Diese, le mix a été fait à Abidjan et le mastering au Pays-Bas, le résultat aujourd’hui est-il à la hauteur de vos attentes?

Je suis très fier et fan de cette chanson. Voir « Bobby Surround » apprécier la composition de mon DJ KHalif et voir Khalif laisser le DJ de Bobby (Dj Dièse) faire les scratchs est pour moi le symbole de cette collaboration. Personne n’a voulu tiré la couverture sur lui ou son équipe et au final tout le monde se sent concerné ; est heureux et très fier du résultat.

 

Pensées Noires : La thématique de « Je rentre ou pas » est profonde, on aurait aussi bien pu dire « je reste ou pas » en référence à cette jeunesse africaine qui veut quitter le continent, ces questions ne laissent-elles pas apparaitre le mal être de cette génération africaine ? Si oui comment changer les choses ?

Il y’ a clairement un mal être de cette génération africaine déçue des promesses non réalisées des dirigeants vestiges de systèmes issus des indépendances africaines. Cette génération est instruite et très ouverte sur le monde mais fait face à un mur de chômage ; à une absence de politique sociale et d’insertion professionnelle et ce mur devient le mur des lamentations. Après les pleurs ils deviennent prêts à tout et choisissent parfois des solutions dangereuses (arnaques pour accéder à une vie de « rêve » ; migration irrégulière etc). Il n’ y a pas de solution miracle mais il y’ a un déficit de volonté politique. L’éducation est le point de départ. Dans les années 80 des étudiants européens faisaient leurs études à l’université d’Abidjan. Aujourd’hui cela ressemble à un scénario de film de science fiction. Il faut avoir la volonté de bien former les élites de demain afin que celles-ci créent des projets et opportunités d’emplois demain. Des générations instruites et bien formées vont construire une Afrique selon leurs aspirations. Il faut avoir la volonté de former des élites et non la peur qu’elles demandent des comptes. Bétail électoral ou élite ?

 

Pensées Noires : « je rentre ou pas » est-il annonciateur d’autres projets avec Bobby Surround ou d’autres ?

Tehui : Je suis en studio depuis quelques temps déjà pour mon prochain album et ce single était pour moi l’occasion de retrouver mon public, aller vers d’autres horizons et monter en puissance jusqu’ à la sortie de l’album. J’ai d’autres surprises déjà prêtes mais je prends le temps de bien faire les choses. Concernant la connexion avec Bobby Surround, les maîtres mots sont « humains » et « feeling ». Cette sortie a été tellement enthousiasmante et naturelle que nous nous disons que tout est possible par la suite. Mais pour l’heure l’objectif et nos efforts sont dédiés à « Je Rentre Ou Pas » afin que cette chanson écrive son « histoire ». Du Nord au Sud.

 

Pensées Noires : Merci Tehui d’avoir été notre invité, pour finir, votre souhait pour ce continent et ses fils et filles.

Tehui : Mon souhait est que les enfants de Mama Africa soient FIERS de leur appartenance à une terre ; une culture ; des valeurs, une histoire. Aujourd’hui l’Afrique est en train d’influencer de façon spectaculaire le monde au niveau de la culture. Des pop stars et acteurs culturels mondiaux viennent en thérapie d’inspiration dans nos pays d’Afrique ou à la rencontre de nos créateurs locaux. Cela doit nous interpeller. Avons-nous quelque chose qui nous échappe. Avons-nous quelque chose que nous utilisons mal, que nous ne valorisons pas ? Au delà de la culture, je souhaite que l’Afrique et ses enfants ne soient plus les spécialistes des systèmes politiques en panne, de l’injustice, de la violence ; des inégalités de richesses. Je rêve que ce continent naturellement riche (sols fertiles ; gisements ; eaux de pêche) puisse nourrir ses enfants et les garder heureux et instruits. Et a chacun de jouer sa partition pour y arriver. On le fait ou pas ?

 

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